Sveta Mordovskaya

● Bio

Sveta Mordovskaya (CH) travaille à partir de matériaux trouvés dans la rue, d’objets achetés en ligne ou de photographies issues de son archive personnelle qu’elle assemble en sculptures et installations où mémoires intimes et imaginaires collectifs se kaléidoscopent. Formée en photographie à la ZHdK de Zurich puis en sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, elle développe une pratique où tissus, poupées, miroirs, emballages plastiques et autres objets mobiles recommandés aux familles sont réagencés dans des compositions biomorphiques oscillant entre la vulgarité domestique et l’inquiétante étrangeté d’une génération équivoque.
Ces assemblages manifestent un processus de transformation où, comme elle le décrit, les matériaux ‹ passent à travers elle-même ›, geste oscillant entre récupérations et fictionnalisations poïétiques. Les sculptures deviennent costumes, déguisements, enveloppes vides, signalant l’absence de corps tout en invoquant leur présence dialectique et fantomatique. ‹ Phantasmagoric-Pop-Pysch Collage ›, ils dévoilent les aspirations inassouvies de la classe moyenne, où l’objet désiré se révèle décevant une fois déballé. Le travail de Mordovskaya s’inscrit peut-être dans ce que l’historienne et critique d’art Larne Abse Gogarty nomme un ‹ expressionnisme anti-luxueux ›. Investissant les virtualités matérielles des objets en les soustrayant aux fonctions figées dans lesquelles ils sont enrôlés, ses assemblages cherchent moins à réenchanter les ‹ rebuts › du capitalisme qu’à rouvrir leur potentiel de manière réflexive et spéculative, une fois déplacé de leur assignation commerciale ou ‹ utilitaire ›.
Ses photographies, qui mobilisent des images d’enfance et d’adolescence – elle-même déguisée en personnage de cour, ou posant avec sa bande d’écolières – apparaissent comme des images automatiques recombinant un contenu latent plus ou moins passé en fonction d’un présent figé, rejouant indéfiniment les scénarios d’une identité bricolée. Agrandies et encadrées de matériaux récupérés, ces images perdent leur intimité pour prendre une dimension pseudo-mobilière, concrétions d’un voyage précaire – prospectivement nostalgique, mais aussi teinté d’humour – vers l’‹ âge adulte ›.

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